Genre et Sexualité


Un deuxième axe de recherche prend en considération les questions reliant genre et sexualité. Le préjugé selon lequel les sexualités sont, par définition, anhistoriques, car « naturelles » et « immuables », a volé en éclat. Les études de genre, produits de l’histoire des femmes, ont eu du mal à s’engager dans des recherches sur les sexualités, tant elles étaient liées au refus d’assimiler les femmes à leur sexe. Les recherches en Europe continentale et dans ses colonies sont à la traîne. La fin du 19e siècle paraît un tournant crucial. D’une part, la morale bourgeoise qui s’impose à toutes les classes sociales à cette époque génère une catégorisation des comportements sexuels et une pudibonderie qui relèguent la pratique de la sexualité dans l’ombre et dans le non-dit. Paradoxalement  et sans doute consécutivement  le sexe est au même moment l’objet de discours frénétiques et obsessionnels. La sexualité féminine effraie de plus en plus, une nouvelle morale émerge exaltant à la fois la pureté des femmes et les besoins « naturels » des hommes. Nos sociétés contemporaines restent en partie tributaires de ces représentations bourgeoises de la sexualité. Ces constructions complexes combinées aux enjeux économiques et politiques contribuèrent au développement de nouvelles normes et de nouveaux modèles, comme le fameux « retour » de la femme au foyer ou le natalisme. D’autre part la fin du 19e siècle voit également l’apothéose des empires coloniaux où l’homme occidental conquérant est confrontée à la nudité, aux comportements familiaux et aux sexualités autres.

Si certains discours, notamment le discours médical, commencent à être mieux connus, d’autres devraient être explorés systématiquement par exemple les discours juridiques, politiques ou religieux. Par ailleurs les pratiques restent largement inconnues en raison des difficultés que leur investigation soulève. Ce projet collectif transfacultaire a été élaboré en collaboration avec Valérie Piette, Régine Beauthier, juriste, et Barbara Truffin, anthropologue et juriste, et est réalisé avec la coopération de trois chercheurs étrangers post-doctoraux (FRFC) : Catherine Deschamps, Christelle Taraud et Laurent Gaissad. L’ambition est de décloisonner les recherches, dans le but de construire, à moyen terme, une équipe pluridisciplinaire autour de l’histoire des sexualités, de la famille et de l’intimité. La dimension de transdisciplinarité est au cœur du travail, ce qui est essentiel dans un domaine où toutes les études réalisées dans une discipline prennent acte de la difficulté ou du refus de d’intégrer des travaux effectués dans les autres disciplines de sciences humaines.

Ces recherches ont contribué à démontrer que la sexualité n'est pas que naturelle, elle est aussi culturelle. Elle a donc une histoire que l'exposition « Pas ce soir chéri(e)? » a retracé, en se concentrant sur la période du 19e et du 20e siècle. Préparé à l'ULB par des membres de la plate-forme « Normes, genre et sexualités » (regroupant des chercheurs issus des diverses disciplines des sciences humaines), ce projet s’inscrit dans le renouveau historiographique autour des sexualités. Il visait à intéresser le plus large public, francophone et néerlandophone, à l’histoire des sexualités en mettant en lumière les mutations des représentations mais aussi des pratiques de la sexualité en Europe occidentale, et spécialement en Belgique.

Le projet questionne fondamentalement la question du genre. La sexualité des hommes et des femmes n’a pas fait l’objet des mêmes discours et des mêmes représentations , les mêmes apprentissages et les mêmes contrôles, elle ne s’est pas jouée dans les mêmes espaces, n’a pas connu les mêmes rythmes de changement ni les mêmes moments de « libération ». Le parcours de l’exposition qui était fondamentalement « sexué » a révélé les enjeux de ces différences et a mis en lumière les marqueurs identitaires qui sous-tendent et construisent les individus : le genre, la sexualité, « l’ethnie », la classe sociale, l’âge, …etc. Loin d'être secondaire, la question du genre y était donc cruciale et ses multiples articulations avec la régulation des sexualités y ont été centrales. Projet pluridisciplinaire de sciences humaines, l'exposition s'appuiera sur les travaux d'historiens, d'historiens de l'art, d'anthropologues, de sociologues, de politologues, d'économistes, de juristes, de criminologues, pour mettre en lumière les discours que la sexualité a produits, questionner des idées reçues et dégager le rythme des évolutions. Elle évaluait l'impact et les conséquences des mouvements les plus souvent associés à la libération sexuelle, tel le féminisme et la lutte pour le contrôle des naissances ou les mouvements gays et lesbiens. L'exposition (ainsi que la publication) visait à mettre en exergue ce qui a changé et pourquoi; quelles sont les valeurs associées à la sexualité et comment elles se sont transformées; comment parle-t-on de la sexualité, où et à qui; quels sont les lieux de la sexualité et comment ils s'articulent. Elle permettait aussi de questionner la réalité et l'intensité de la révolution sexuelle qui se serait produite dans les années 1960. Les historiens des sexualités insistant de plus en plus sur l'impérieuse nécessité de construire des réflexions où les questions de genre, de classe et de race interagissent, l'exposition avait pour ambition de mettre en lumière les enjeux très diversifiés des régulations des sexualités. Les recherches de Vanessa D’Hooghe reflètent également cette perspective, tout en s’avançant dans un autre axe, celui du genre et du travail (Femmes et travail, identités sexuées).

Celles de Julie De Ganck et de Jérôme Janicki participent d’un même ordre d’idée, interrogeant l’histoire et les représentations médicales.

Retour

. : © 2010 | copyright : .