Genre, représentation et critique

Un troisième axe touche aux problématiques de la représentation et de la critique. Dans le domaine littéraire, la thématique développée par Laurence Brogniez concerne l’apport des femmes à la critique d’art dans la presse du XIXe siècle, en France et en Belgique, axe qui recoupe le projet « Masculin/Féminin dans la presse du XIXe siècle », mené par M.-E. Therenty (Montpellier 3) et C. Planté (Lyon 2/ Lire-CNRS). Dans le même ordre d’idées, le chantier qui occupe essentiellement Valérie André est la co-direction, avec Huguette Krief (Université de Provence) d’un Dictionnaire des femmes de l’Ancien Régime qui sera publié aux éditions Honoré Champion. L’ouvrage sera fait d’entrées nominatives (femmes auteurs, musiciennes, révolutionnaires, savantes, courtisanes, actrices, muses, etc.) et d’entrées thématiques (religion, femmes dans la prose narrative, femmes auteures de prose narrative, rousseauisme, amour, sensibilité, etc.). Les thématiques proposées par Mireille Tabah sont centrées sur l’analyse de la représentation de l’Autre dans la littérature de langue allemande, surtout autrichienne. L’un de ses deux grands axes est la représentation littéraire du genre, principalement depuis le deuxième mouvement féministe (1970) à nos jours. Il s’agit d’abord  de mettre en évidence les mythes, idéologies et normes discursives sur lesquels se fondent les pratiques de pouvoir impliquant l’exclusion de l’“autre sexe“, tels qu’ils se reflètent dans la littérature contemporaine de langue allemande. Il s’agit ensuite de déconstruire ces normes socioculturelles par une analyse fouillée de textes, afin d’en dégager les différents niveaux de signification, souvent contradictoires, et de mettre en lumière leurs éléments subversifs à partir desquels le lecteur pourra envisager des rapports sociaux et humains plus équitables. Ceci vaut en particulier pour l’inégalité des genres sexuels et leur lien avec  les  différentes formes d’exclusion raciale et sociale. Après avoir analysé la problématique du genre chez l’écrivaine de la RDA Christa Wolf, Mireille Tabah s’est tournée vers les auteures autrichiennes mentionnées plus haut. Elle a également analysé sous cet angle l’œuvre d’auteurs masculins : Th. Bernhard (cf. ci-dessus), Peter Handke, et l’écrivain suisse Max Frisch.

Les perspectives littéraires élaborées par des chercheuses en thèse reprennent cette lignée de déconstruction de la représentation. Ainsi, les recherches de Barbara Obst portent sur la manière dont les écrivaines déconstruisent les mythes du patriarcat en promouvant un nouveau prototype féminin et des idées féministes, reflètant ainsi une critique sociale. Le discours engagé sur les relations entre les sexes (au sens de gender) affecte  aussi la technique narrative des auteurs. Il y a donc lieu de se demander comment le polar féminin introduit un discours sur la relation des sexes sans ou en déjouant les normes et conventions tacites du roman policier. Une autre perspective est liée à la recherche de Séverine Olivier portant sur la littérature « populaire » et féminine, le roman sentimental et chick lit (ou « littérature de nanas »).

Enfin, outre la littérature, des recherches sur la représentation artistique au sens large ou cinématographique au sens particulier sont également envisagées. La représentation des femmes au cinéma mais également les questions liées au statut féminin des réalisatrices représentent deux axes de recherche primordiaux. Ainsi, dans une continuation de sa démarche de thèse qui proposait une analyse de la représentation des femmes maléfiques dans le mélodrame filmique, les recherches menées par Muriel Andrin envisagent de déconstruire les stéréotypes féminins liés au genre. Enfin, ses recherches les plus récentes touchent à la spécificité de films tournés par de réalisatrices. Etudiant les films de réalisatrices depuis le début du siècle jusqu’à nos jours, cette recherche s’articule sur l’hypothèse d’une écriture filmique au féminin.

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